Depuis mars 2026, cinq étudiant(e)s du campus de Marseille de l’Ecole de Paysage de Versailles (ENSP) travaillent dans le cadre de leur projet de fin d’études sur le site pilote du Lido de l’Or, en ouvrant la perspective aux paysages de demain à l’échelle de l’Etang de l’Or. Le 26 juin 2026, Claire Bitouzet, Maël Coffornic, Héléna Gebeil, Léonard Henno et Rafaëlle Hubert, paysagistes en devenir, ont soutenu leur projet de fin d’études à l’Institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT), à Marseille.

Présentation du PFE par les étudiant(e)s le 26 juin 2026, à l’IMVT | Crédits : Rémi Duthoit, ENSP
Ce projet a également fait l’objet d’une exposition et été présenté devant l’ensemble des partenaires et étudiant(e)s diplômés du campus de Marseille, le 11 septembre 2026.

Présentation publique des travaux de fin d’études de la promotion 2023-2026 | Crédits : Marie Gros, Conservatoire du littoral
Au travers d’un travail documenté et fourni, les étudiant(e)s ont réalisé un état des lieux historique, géographique, écologique, hydraulique, urbanistique et socio-économique du territoire, amené à évoluer dans un contexte maritimisation du territoire. La transformation des paysages connus et des milieux par les effets du changement climatique , les a conduits à imaginer une stratégie à l’échelle de deux sites connectés du Conservatoire du littoral, l’Etang et le Lido de l’Or, déclinée par chacun(e) sur un secteur. Zoom sur le site pilote Adapto+ du Lido de l’Or.
Avant de se projeter dans l’avenir, comprendre le passé et le présent
Le lido de l’Or, fine bande de terre séparant l’Etang de l’Or de la mer Méditerranée, entre Carnon et la Grande Motte, est l’héritage d’un processus géomorphologique très long et ancien. Si l’étang de l’Or s’inscrit dans une chaîne d’étangs discontinue au sud de Montpellier, cela n’a pas toujours été le cas : on retrouve sur les cartes historiques du XVIIe siècle, présentes aux archives départementales de l’Hérault, la présence d’une seule lagune continue de Sète au Grau du Roi.

Les lidos languedociens naissent d’un réchauffement climatique il y a 6 000 ans, à la fin de l’époque glaciaire : le niveau de la mer dépasse alors le niveau actuel, avec un phénomène d’allers et retours sédimentaires créant un trait de côte changeant en fonction des aléas climatiques. Ce trait de côte mouvant crée des cordons dunaires, séparant ainsi les étangs de la mer.

Le niveau de la mer il y a 6 000 ans, plus haut que le trait de côte actuel (en violet) | Source : PFE Lido de l’Or, ENSP, 2026
Au 18e siècle, le lido de l’Or est encore largement naturel, territoire hostile, changeant et essentiellement marécageux : un prolongement des paysages de la Camargue. On trouve pour autant autour de l’Etang de petits regroupements d’habitations (au nord de l’étang) et des cabanes de pêcheurs (au Salaison). Le lido est pensé comme une « barrière défensive » du territoire, en témoigne la présence d’une ancienne tour de guet (dite « redoute ») bâtie en 1743 sur le Grand Travers, et constitue le seul point « fixe » à l’époque.
Malgré plusieurs usages et aménagements au 19e siècle (construction du Canal du Rhône à Sète, poste de douane, tentative de culture du sel, mas agricoles, cabanes de Carnon…), l’urbanisation du Lido de l’Or et des pourtours de l’étang telle que nous la connaissons aujourd’hui est récente. C’est la Mission Racine (1963-1983), vaste plan national et urbanistique commandé par le Général De Gaulle pour « capter » les touristes d’Europe du Nord qui descendaient vers l’Espagne sur la côte languedocienne, qui vient transformer durablement le territoire avec la création des stations balnéaires de La Grande Motte et de Carnon-plage. Petit et Grand Travers sont alors pensés comme une coupure d’urbanisation entre les deux communes littorales, amenant en 1976 le Conservatoire du littoral à acquérir ce site.
De nos jours, le Petit et le Grand Travers accueillent presque deux millions de visiteurs par an, locaux comme vacanciers, pour profiter du caractère sauvage du site, de la fraicheur de la Pinède du Grand Travers et de la plage. Surfréquenté, la suppression de la route littorale sur le Petit Travers en 2014-2015 et le réaménagement du site a permis de mieux canaliser les flux touristiques et préserver le milieu.
En savoir plus sur le site du Petit Travers ici
Aujourd’hui et à l’avenir, le changement climatique est l’un des enjeux majeurs pour le territoire, et ses effets se font déjà sentir sur le lido de l’Or, notamment l’ennoiement par remontée de nappe et la salinisation. L’évolution de la lagune demeure incertaine, mais la poursuite de la maritimisation de l’Etang de l’Or et l’ennoiement progressif de certains secteurs est le scénario le plus probable selon les scientifiques et interlocuteur/trices rencontrés. C’est sur la base de ce scénario que les étudiant(e)s ont établi leur stratégie.
D’une approche transversale à l’échelle du bassin de l’Or, à des stratégies territorialisées
La stratégie globale proposée par les étudiant(e)s nécessitait un regard à une échelle plus large que celle du Lido : celle du bassin versant de l’Or. Cette stratégie repose surquatre axes transversaux, communs à chaque projet personnel des étudiant(e)s. Ces axes sont :
1 – Habiter, déshabiter le temps de l’étang
2 – Mieux se déplacer sur un territoire mouvant
3 – Prendre soin de l’eau douce pour prendre soin de l’eau salée
4 – Penser un tourisme de la lenteur
Diverses thématiques ont été abordés selon les secteurs : le devenir de l’agriculture dans la plaine agricole au nord de l’Etang (projet de Maël Coffernic), les enjeux de recomposition spatiale pour la commune de Mauguio-Carnon et l’évolution des dynamiques urbaines sur Mauguio (projet de Rafaële Hubert), prendre soin du cours d’eau Salaison, de l’amont à l’aval (projet d’Héléna Gebeil) ou encore réinventer l’axe urbain qui connecte Montpellier à Carnon, avec un projet de réaménagement du secteur de la Gare Sud de France et de l’actuel aéroport (Claire Bitouzet).

Répartition des territoires étudiés par les 5 étudiant(e)s | Source : PFE Lido de l’Or, ENSP, 2026
Perméabiliser le lido de l’Or : zoom sur le projet de Léonard Henno
Léonard Henno a pour sa part concentré son travail sur le lido, site pilote Adapto+ témoin de problématiques plus vastes du territoire. Sa ligne directrice est de « perméabiliser le lido », pour traiter à la fois la question des infrastructures qui « fixent » le lido et l’empêche dans sa dynamique naturelle de « rouler sur lui-même », mais aussi de faire référence à l’idée d’ouverture, de porosité et de « prendre soin de l’eau douce » face à la salinisation du secteur. Les grands axes de sa stratégie portent le développement des mobilités douces, pour un lido traversé à pied ou à vélo, la diversification de la Pinède de la Grande Motte et la réinvention de typologie d’espaces publics à Carnon et à La Grande Motte, la végétation comme alliée pour accompagner les bouleversements climatiques. Cette stratégie permet d’envisager le lido dans son épaisseur « naturelle », c’est-à-dire une portion de terre qui va de la mer à la lagune, en traversant les couches successives des milieux, de la dune blanche à la sansouïre , plutôt que comme un « couloir » pour le traverser d’est en ouest. Il vise à « jouer » avec la matière : l’eau douce, la végétation et le sable, pour un lido perméable capable d’accueillir les transformations climatiques plutôt que de les subir. Là où la submersion est souvent perçue comme une disparition du territoire, il propose d’envisager le lido comme un « plein », un espace à nourrir, retrouvant progressivement son fonctionnement naturel grâce au retour des sédiments, de l’eau et de la végétation.
Les cinq projets personnels, guidés par ces mêmes axes stratégiques, seront présentés le 11 septembre lors d’une exposition publique à l’IMVT, à Marseille. Ces travaux pourront également faire l’objet de présentations sur le territoire, et nourrira les réflexions portées dans le cadre du projet Life Adapto+ sur le site du Lido et de l’Or et d’une étude de renaturation sur le Petit et le Grand Travers.
Pour aller plus loin, retrouvez l’ensemble des projets des étudiant(e)s ici.