Le Val-de-Saire en première ligne face à la mer : une visite pour comprendre et agir
Le littoral du Val-de-Saire, dans le nord Cotentin, fait face à une érosion accélérée et à la montée du niveau de la mer. Pour présenter les enjeux et les solutions d’adaptation engagées sur le terrain, une visite guidée est organisée jeudi 28 mai 2026, de 13h30 à 16h30. Inscriptions obligatoires via ce formulaire.
Recul du trait de côte, franchissements répétés des dunes, salinisation des nappes d’eau souterraine : les effets du changement climatique sont déjà visibles. Ils menacent les infrastructures, modifient les écosystèmes et fragilisent les terres agricoles.
Au cœur de la stratégie locale, les cordons dunaires constituent un rempart naturel essentiel. Fragilisés par les tempêtes et certaines pressions humaines, ils font l’objet d’une gestion dite « souple », qui vise à accompagner la dynamique naturelle du littoral plutôt qu’à la contraindre.
Élus communaux, représentants du Conservatoire du littoral et gestionnaires du SyMEL présenteront les actions menées sur le site de Fréval à Fermanville et aux mares de Vicq-sur-Mer. Une vidéo permettra également de découvrir le site de la batterie de Néville.
Au programme :
Le Val de Saire : Comprendre l’urgence de l’érosion côtière, des intrusions marines et des défis du changement climatique (biseau salé, remontée de nappes, décharges, modification des écosystèmes).
Des solutions fondées sur la nature : Le Conservatoire du littoral et le SyMEL révèlent leur stratégie de gestion souple, privilégiant la restauration par des solutions fondées sur la nature.
Le retour d’expérience des communes : Découvrez l’implication des élus, les défis rencontrés (usages privés, foncier, information des habitants) et les réalisations concrètes (déplacement du parking et du sentier, gestion hydraulique).
Des programmes de soutien majeurs : Présentation des dispositifs de financement et de gestion comme les projets LIFE Adapto+, Licco et LIFE ARTISAN.
Sites et témoignages visuels : Aperçu de la diversité des sites (avec vidéo de la batterie de Néville).
Jeudi 28 mai 2026, 13h30h – 16h30 Départ de la visite : Mairie, Fermanville Conditions particulières : chaussures et vêtements adaptés à la météo (Parcours dans le sable)
S’adapter avec la nature : visite de site du Val de Saire sur l’adaptation de l’agriculture littorale
Le 8 octobre dernier, dans le cadre du parcours « Littoraux de demain : s’adapter avec la nature », organisé dans le cadre des LIFE ARTISAN (OFB) et Adapto+ (Conservatoire du littoral) quinze participants, se sont réunis dans le Val de Saire pour visiter deux sites, le marais de Tocqueboeuf et le marais de Vrasville, et échanger autour de la problématique de l’adaptation de l’agriculture littorale avec deux agriculteurs utilisant les parcelles du marais de Tocqueboeuf.
Le littoral du Val de Saire dans le nord Cotentin est soumis à une multiplication de phénomènes liés au changement climatique et à l’élévation de la mer : recul du trait de côte, intensification des franchissements du cordon dunaire par la mer, salinisation des nappes d’eau souterraines… et les espaces agricoles côtiers de ce secteur n’y échappent pas. Ce littoral est constitué d’une succession de marais arrière-littoraux d’eau douce protégés de la mer par un cordon dunaire plus ou moins large selon les portions et ces marais sont utilisés majoritairement pour l’agriculture (élevage bovin et équin). C’est un des secteurs de la Manche où l’érosion est la plus forte observée depuis 2014 avec des phénomènes de submersion de plus en plus importants.
Le premier site, le marais de Tocqueboeuf, appartient pour la majeure partie au Conservatoire du littoral et présente la configuration classique des marais arrière-littoraux du Val de Saire, avec une prairie humide d’eau douce protégée par le cordon dunaire. La gestion des niveaux d’eau y est contrôlée par un ouvrage hydraulique (appelé « nô », buse à clapet) et permettant à l’eau du marais de s’évacuer vers la mer. La gestion des terrains Conservatoire du littoral est assurée par le SyMEL qui met en place des conventions d’usage agricole avec les agriculteurs.
Les échanges ont permis d’aborder la question des niveaux d’eau qui est déterminante pour l’usage agricole des parcelles. Actuellement le site est de plus en plus confronté à un trop plein d’eau. Les parcelles sont utilisées pour le pâturage de jeunes bovins entre avril et novembre. Depuis quelques temps, les agriculteurs constatent que certaines parties plus basses deviennent inexploitables du fait qu’elles restent constamment humides (toit de la nappe phréatique affleurant). Ces zones abritent une flore caractéristique remarquable mais voient aussi se développer les joncs car ils sont peu appétents pour les animaux. A cela s’ajoute un afflux d’eau douce plus important qu’avant avec les pluies intenses, et le trop plein d’eau a du mal à s’évacuer malgré un ouvrage hydraulique fonctionnel, et régulièrement nettoyé par les services municipaux. L’élévation du toit de la nappe est à mettre en corrélation avec l’élévation du niveau marin. Un autre point d’inquiétude dans ce contexte est que sur d’autres sites, les ouvrages hydrauliques (les nô) qui passent sous les cordons dunaires sont déchaussés par la mer et dysfonctionnent, ce qui n’est pas encore le cas ici, l’ouvrage étant ancré sur la roche et ne passant pas sous la dune. Ce sont des zones qui « bougent » beaucoup et les essais de restauration ne sont pas toujours concluants. Le site par contre n’est pas soumis jusqu’à présent à la salinisation (submersion ou remontée du biseau salé). Ce contexte d’exploitation est plus difficile pour un des agriculteurs dont le marais représente 20 % de la surface de son exploitation, quand ce pourcentage est de 6 % pour le second. Cela n’a pas le même impact sur la vie de l’exploitation.
Sur cet espace préservé, plusieurs mesures sont mises en place pour accompagner les agriculteurs dans l’adaptation de leurs pratiques aux enjeux du site. Des MAEC (mesures agro-environnementales et climatiques) accompagnent financièrement la gestion extensive des milieux demandée aux agriculteurs afin de préserver les habitats et la biodiversité présents. Dans ce contexte de site qui évolue, le Conservatoire du littoral et le SyMEL proposent désormais des conventions d’usage agricole avec un cahier des charges adaptable qui essaie d’intégrer au mieux les enjeux des pratiques agricoles. Ainsi, celui-ci offre des choix à l’exploitant, en fonction des milieux et de leur évolution. Différents niveaux de barème de la redevance sont proposés suivant les pratiques choisies, ainsi que des exonérations partielles selon le temps réel possible d’usage de la parcelle (ex : parcelle ayant pu accueillir des animaux 1 année sur 3).
D’autres thèmes ont donné lieu à des échanges nourris lors de cette visite : la disponibilité du foncier agricole pour proposer des solutions de relocalisation de l’activité agricole, la réorientation vers d’autres productions posant alors la question des filières, l’usage en commun des terres agricoles du Conservatoire du littoral permettant de réduire les risques pour chaque exploitation…
Le second site, le marais de Vrasville, a donné à voir un espace où l’usage agricole a été abandonné en lien avec l’avancée du trait de côte. Une succession de fortes tempêtes entre 2016 et 2018 a fait reculer le cordon dunaire qui protégeait le marais utilisé par un agriculteur (pâturage par des bovins de race normande). Le plan de gestion du site prévoyait l’adaptation du site à ce recul du trait de côte. Il a donc été décidé de poursuivre l’exploitation agricole du site pour au moins 5 années encore et une nouvelle clôture a été reposée et reculée d’autant qu’avait avancé la dune. En 2017, cette clôture a à nouveau été ensevelie, mettant un point d’arrêt à l’usage agricole du site qui coïncidait avec le départ à la retraite de l’exploitant usager des parcelles. Aujourd’hui, le marais et la portion « pâturable » se sont encore réduits. Le pâturage est assuré en régie par les animaux appartenant au SyMEL (ânes). Le sentier du littoral a en partie disparu et la mer se rapproche alors un peu plus des parcelles de maraîchage en arrière du site.
Les questions qui se posent aujourd’hui dans le Val de Saire sont : quelles sont les parcelles qui ne pourront plus faire l’objet d’un usage agricole traditionnel, quel accompagnement des exploitants, quelle stratégie foncière sur l’arrière-littoral, quelle imbrication de ces réflexions dans le projet de territoire (PCAET, PAT) … Ce sont des travaux qui seront notamment portés dans le cadre du Life ADAPTO+ avec les différents partenaires.