La morphologie de l’estuaire de l’Orne de Caen à la mer a été considérablement modifiée suite à la création du canal en 1857. Le fleuve de l’Orne, après avoir traversé Caen, se dédouble en deux lignes tendues qui organisent le territoire. Ces deux fils d’eau, Orne et canal, compris entre deux plateaux agricoles et urbains, inspirent des paysages très variés qui évoluent à travers eux. Le profil ouest guidé par le canal, donne une vision portuaire et industrielle. A l’est, la rivière change au rythme des marées pour alimenter un patrimoine de nature : la baie de l’Orne.
L’endiguement de la rivière a induit la disparition du schorre sur la majeure partie du site. Les flancs de l’Orne ont été poldérisés jusqu’à son embouchure. La digue du marais de Cagny a été construite au XVIIIème siècle, transformant l’ancien méandre et ses prés-salés en prairies humides pâturées. Le polder des Terrains François résulte d’un endiguement récent (années 1960) sur un lais de mer. Ainsi, en aval du barrage de Montalivet (Caen), la zone d’expansion latérale des habitats et des crues maritimes n’est plus présente que sur environ 1/5ème du linéaire du fleuve.
En 2011, la digue du marais de Cagny a cédé, entrainant une inondation des zones basses. Lors des grandes marées, la mer dépasse occasionnellement le sommet de la digue obligeant à fermer périodiquement la piste cyclable aménagée sur la crête de l’ouvrage. Il convient de réfléchir à son devenir et plus largement aux terrains situés en arrière.
Aujourd’hui, les éléments de connaissance disponibles sur ce site montrent que le maintien en l’état de ces polders n’est pas l’unique façon d’appréhender l’avenir de ce territoire. En effet, le retour à une végétation de prés salés sur le secteur des Terrains François présente des intérêts économiques, de biodiversité et de paysage certains.
Sur les marais de Cagny, le programme LiCCo (Littoraux et Changements Côtiers), mené de 2011 à 2014 a apporté des éléments de compréhension de l’évolution de l’estuaire de l’Orne. Une réflexion commune a été menée avec l’ensemble des acteurs locaux sur ce que pourrait être le littoral de demain. L’adaptation de cet estuaire dans un contexte de réchauffement climatique et d’élévation du niveau de la mer s’appuie donc sur :
- une vision à 2050 : l’essor d’un grand territoire estuarien, plus large, plus profond pour une plus grande résilience climatique ;
- une trajectoire à 2025 : la mise en œuvre de projets concrets et localisés de décloisonnement latéral et de mobilité de la bande côtière
L’Orne, fortement chenalisée, manque d’espace d’expansion de crues : cela pose la question du décloisonnement des polders et marais attenants dans une perspective d’adaptation au changement climatique .
Projet Adapto pour le site :
Sur Sallenelles, la démarche consiste à définir avec les acteurs locaux les aménagements d’ouverture au public lors de la remise en eau des Terrains François.
Concernant le marais de Cagny, un processus de réflexion et de définition de projet est à engager, en premier lieu par les approches historiques et paysagères, puis par la définition de scénarios prospectifs. Dans un scénario d’élévation du niveau de la mer, d’érosion et de remontée des nappes phréatiques, la digue actuelle du marais de Cagny deviendrait obsolète et son action de protection nulle. En s’appuyant sur cette analyse, le Conservatoire du littoral et le Conseil Départemental du Calvados, gestionnaire des espaces naturels, travaillent sur une alternative à la piste cyclable.
En cas de restauration du caractère maritime du marais, des promenades pédestres, cyclables et fluviales offrent alors de nouvelles ambiances de visites au public. Partant de la Maison de la Nature et de l’Estuaire, ces cheminements participent au maintien de son attractivité au cœur de la baie. En parallèle, une concertation est à mener avec Normandie Cabourg Pays d’Auge, la Chambre d’Agriculture, la Safer, le Conservatoire du littoral et les agriculteurs locaux pour planifier l’évolution progressive de leurs outils de travail dans les années à venir pour ce scénario.
Zoom sur le site
Localisation : Calvados (64)
Superficie : 350 ha
Zone d’intervention du Conservatoire : 813 ha
Année d’acquisition : 2018
Superficie 230 ha acquis, 120 ha affectés : 43% de la zone d’intervention

Étude Esquisse à 2050 : Télécharger le fichier
De plus, intégrer le changement climatique oblige à voir plus large que la simple embouchure de l’estuaire de l’Orne (zone d’intervention du Conservatoire du littoral). Redonner un caractère maritime à l’Orne nécessite une stratégie réfléchie à l’échelle de l’Orne et donc de Caen jusqu’à la mer. Envisager l’adaptation à travers différentes étapes d’ici 2050 sollicite l’intervention de divers acteurs :
- Le Département du Calvados (voie verte, espaces naturels sensibles, …), le CPIE
- La Ville de Caen, la Communauté Urbaine Caen la Mer, la Communauté de Communes Normandie Cabourg Pays d’Auge et les communes situées à l’aval de l’estuaire (GEMAPI, Documents d’urbanisme, aménagement urbain de la presqu’île…)
- Ports de Normandie (schéma directeur d’aménagement portuaire)
- Les services de l’Etat (Plan de Prévention des Risques).
Site classé Natura 2000